Le somptueux livre-disque qui enchâsse cette nouvelle version du Temple de la
Gloire – la deuxième en fait, seul Jean-Claude Magloire l’avait précédé en 1981,
coupant abondamment – s’ouvre sur le fameux portrait de Voltaire brossé
par Quentin de La Tour : ce roué d’Arouet vous affiche un petit sourire en coin qui a
l’air de dire : « J’ai bien profité de Rameau ».
Et en effet, ce Temple de la Gloire qu’il brossa nonchalamment malgré les piques et
les humeurs du dijonnais, lui permit de paraître à Versailles, lui qui voulut vainement
briller à la Cour, celle de Louis XV, et même plus tard du jeune Louis XVI, rêve qui
le fit revenir de se retraite de Ferney et mourir à Paris.
Bon, laissons là les bisbilles entre le librettiste et son musicien, d’autant qu’emporté
par la battue vive de Guy van Waas, ce Temple, pour divertissement qu’il soit et
sans jamais avoir même la tentation de prétendre aux inventions d’Hippolyte et
Aricie qui avaient fort agacé Voltaire, est du très beau Rameau, habile, brillant,
jouant des codes et osant un orchestre merveilleux et des effets stupéfiants que ce
soient les musiques guerrières du Prologue – Diderot cite dans son Neveu de
Rameau la scène initiale, preuve que l’œuvre laissa des traces parmi les
contemporains – aux abondantes musettes de la Première Entrée en passant par les
danses des faunes de Bacchus. Quel plaisir, quel entrain, quel brio si bien dorés par
le geste chorégraphique qu’y met la troupe assemblée ici : car c’est bien la danse qui
déborde tout ici, impérieuse, solaire, emportée par une équipe de chant ardente où
brillent particulièrement Judith van Wanroij et Alain Buet.
Glossa n’a pas mis les mêmes moyens pour publier le premier enregistrement du
ballet héroïque Les Fêtes de Polymnie, elles aussi écrites pour célébrer la bataille
de Fontenoy emportée par une contre-attaque décisive du Duc de Richelieu. Ses
chœurs aussi abondants que somptueux marquèrent le public du temps.
Cette fois, la résurrection vient de Budapest, menée avec éclat mais non sans
lourdeur par György Vashegyi qui y conduit des chœurs nombreux et vaillants. La
musique martiale n’a pas non plus les charmes et la variété du Temple de la Gloire et
la distribution affiche une merveille, Véronique Gens Stratonice et Oriade de grande
venue, et une désillusion, Mathias Vidal dans un jour de naufrage qui étrangle ses
aigus. Quel dommage ! Et si Guy van Waas s’attelait là aussi à faire renaître
ce Rameau qu’on a un peu vite déclaré mineur ?